đŻ La Cour de cassation a rĂ©cemment rendu une dĂ©cision concernant la façon dont les congĂ©s payĂ©s sont cumulĂ©s pendant un arrĂȘt maladie. Le 21 janvier 2026, les juges ont dĂ©cidĂ© qu’une convention collective nationale (CCN) qui donne 2,5 jours de congĂ©s par mois de « travail effectif » (c’est-Ă -dire quand on travaille vraiment) n’est pas plus avantageuse que la loi. Or, la loi limite ces congĂ©s Ă 2 jours en cas de maladie classique.

đĄ Pourquoi c’est important. Cette dĂ©cision rassure les entreprises. Avec les nouvelles lois qui donnent des congĂ©s mĂȘme quand on est malade, beaucoup de salariĂ©s rĂ©clamaient 2,5 jours par mois en s’appuyant sur leur convention collective. Mais la Cour s’y oppose : si le texte ne dit pas clairement que la maladie compte comme du temps de travail, c’est la limite de la loi (2 jours) qui s’applique. Cela Ă©vite des dĂ©penses supplĂ©mentaires aux employeurs, mais demande de bien rĂ©gler les logiciels de paie.
đ°ïž La genĂšse d’un conflit normatif inĂ©dit
Le contexte a changĂ©. Pour comprendre l’importance de cette dĂ©cision, il faut se rappeler que les rĂšgles changent tout le temps pour les RH. Avant, un salariĂ© en arrĂȘt maladie ne gagnait pas de congĂ©s. Mais sous la pression de l’Europe, la France a dĂ» changer sa loi.
Une rÚgle à deux vitesses. Désormais, un salarié malade gagne des congés. Mais la loi limite ce gain à 2 jours par mois (avec un maximum de 24 jours par an), contre 2,5 jours pour un salarié au travail. Le problÚme? Les conventions collectives prévoient souvent 2,5 jours sans parler de la maladie. Les RH se demandaient donc quelle rÚgle appliquer pour ne pas se tromper.
âïž L’affaire Cooperl Arc Atlantique : le piĂšge du rĂ©fĂ©rĂ©
Une premiĂšre condamnation. L’affaire jugĂ©e le 21 janvier 2026 montre le risque financier pour les entreprises. Trois salariĂ©s de la sociĂ©tĂ© Cooperl ont attaquĂ© leur employeur avec l’aide d’un syndicat. Ils voulaient qu’on leur paie leurs congĂ©s acquis pendant leur maladie sur la base de 2,5 jours par mois.
L’erreur des premiers juges. En novembre 2024, le premier tribunal (les prud’hommes) leur a donnĂ© raison. L’employeur a dĂ» payer de lourdes sommes aux salariĂ©s et au syndicat. Pourquoi ? Les juges ont simplement comparĂ© les chiffres : comme la convention collective applicable (celle des coopĂ©ratives et sociĂ©tĂ©s d’intĂ©rĂȘt collective agricole bĂ©tail et viande, IDCC 7001) prĂ©voyait 2,5 jours et la loi 2 jours, ils ont pensĂ© que la convention Ă©tait plus favorable et devait donc s’appliquer.

đ L’analyse chirurgicale de la Cour de cassation
La fin du calcul simpliste. La Cour de cassation a annulé cette décision. Elle a lu le texte de la convention collective trÚs attentivement.
Le poids des mots. Les juges rappellent que la convention donne 2,5 jours uniquement en cas de « travail effectif » (quand on est rĂ©ellement Ă son poste). Or pendant un arrĂȘt maladie, on ne travaille pas.
On ne peut pas comparer l’incomparable. Comme la convention ne dit pas que la maladie compte comme du travail, elle ne donne droit Ă aucun jour de congĂ© dans ce cas prĂ©cis. Donc, une convention qui donne 0 jour n’est pas « plus favorable » que la loi qui en donne 2. C’est donc la loi (2 jours) qui doit ĂȘtre appliquĂ©e.
đ Pour aller plus loin : redĂ©finir l’audit des conventions collectives
Une nouvelle façon de lire. Cette dĂ©cision oblige les entreprises Ă relire leur convention collective (qui est normalement rappelĂ©e sur la fiche de paie) avec des lunettes neuves. Il ne faut plus regarder que le nombre de jours de repos acquis, il faut savoir si le temps d’arrĂȘt de travail est assimilĂ© Ă du travail travail effectif s’agissant de l’acquisition des jours de congĂ©s.
| đ Ce que dit la convention (CCN) | đ Impact pendant la maladie | âïž Quelle rĂšgle gagne? |
| Rien sur la maladie (ex: « 2,5 jours par mois de travail effectif ») | La loi s’applique. | La loi. (2 jours / plafond 24 jours) l’emporte. |
| Assimilation claire (ex: « La maladie compte comme du travail ») | Le salarié gagne ses congés normalement. | La convention. (souvent 2,5 jours) supplante la loi. |
| Un forfait spĂ©cial (ex: « 1 jour par mois si maladie ») | On compare la loi et la convention. | La loi. (2 jours) Ă©tant meilleure, c’est elle qui s’applique. |
Si votre convention collective demande du travail effectif sans plus de prĂ©cisions, la rĂšgle est simple : le compteur du salariĂ© malade doit ĂȘtre bloquĂ© Ă 2 jours par mois.
đ€ Dialogue social : l’avenir des nĂ©gociations de branche
La pression passe aux syndicats. La Cour ayant tranchĂ©, le dĂ©bat va se dĂ©placer vers les nĂ©gociations. Le syndicat de l’affaire Cooperl va sĂ»rement rĂ©agir.
Modifier les textes. Les syndicats vont essayer de changer les conventions collectives pour y Ă©crire noir sur blanc que la maladie « compte comme du travail ». S’ils rĂ©ussissent, les salariĂ©s retrouveront leurs 2,5 jours.
Attention aux validations de l’Ătat. Pour qu’un accord s’applique Ă tous, le ministĂšre du Travail doit encore le valider (en publiant un arrĂȘtĂ© d’extension au Journal officiel). L’entreprise doit surveiller si le ministĂšre fait des rĂ©serves ou refuse certaines parties. Il faut toujours que la gestion interne colle Ă la rĂ©alitĂ© de la convention.
đŻ Quelques recommandations stratĂ©giques pour l’entreprise
Voici un plan d’action simple pour appliquer la dĂ©cision du 21 janvier 2026 :
- đ VĂ©rifier la convention collective : cherchez les mots exacts. Y a-t-il Ă©crit « travail effectif » ou « assimilation »?
- đą VĂ©rifier les accords internes : assurez-vous que l’entreprise n’a pas signĂ© un accord plus gĂ©nĂ©reux en interne. (Il est d’ailleurs souvent utile de renĂ©gocier ses accords en dĂ©but d’annĂ©e).
- âïž Mettre Ă jour le logiciel de paie : demandez Ă votre prestataire de bien bloquer les congĂ©s maladie Ă 24 jours par an et de passer le calcul de 2,5 Ă 2 jours (si ce n’est pas dĂ©jĂ fait).
- đŹ Communiquer avec pĂ©dagogie : expliquez clairement au CSE et aux salariĂ©s que passer Ă 2 jours n’est pas une punition de la direction, mais simplement l’application de la loi validĂ©e par le juge.
â Conclusion : la lecture rigoureuse de sa CCN comme ultime protection
La dĂ©cision du 21 janvier 2026 est trĂšs importante dans la vie quotidienne des entreprises. La Cour de cassation rappelle une rĂšgle de bon sens : on ne peut pas donner un avantage sans respecter les conditions pour l’avoir.
Si un texte conventionnel demande d’ĂȘtre « au travail » pour acquĂ©rir 2,5 jour de congĂ©s par mois, on ne peut pas l’appliquer Ă quelqu’un qui se trouve en arrĂȘt maladie, sauf si c’est Ă©crit explicitement.
Avec des lois de plus en plus compliquées, les entreprises doivent donc lire les accords collectifs avec attention. Bien comprendre sa convention collective devient essentiel et chaque mot compte !