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Dialogue socialDroit du travail

Vers une nouvelle dégradation de l’indemnisation chômage ?

  • En 2026, la négociation sur l’assurance chômage vise à réaliser 400 millions d’euros d’économies, dans un contexte de chômage stable autour de 7,4 % à 7,7 %.
  • Le patronat et le gouvernement souhaitent durcir les conditions d’accès à l’assurance chômage, réduire les indemnisations, et flexibiliser les contrats courts.
  • Les seniors sont particulièrement impactés : relèvement de l’âge d’accès aux droits prolongés à 55 ans, mesures spécifiques controversées pour favoriser leur emploi.
  • La négociation s’inscrit dans un cadre contraint par l’État, avec un risque d’échec qui pourrait conduire à une intervention unilatérale du gouvernement.

Introduction

La négociation sur la réforme de l’assurance chômage lancée en janvier 2026 s’inscrit dans un contexte économique et social tendu. Le gouvernement vise à réduire les dépenses publiques en réalisant 400 millions d’euros d’économies sur le régime d’assurance chômage, tout en cherchant à améliorer l’emploi des seniors, une catégorie particulièrement vulnérable. Cette négociation est cruciale pour les délégués syndicaux qui doivent comprendre les enjeux complexes, les positions des différents acteurs, et les conséquences économiques des mesures envisagées afin de défendre efficacement les intérêts des salariés, notamment des cadres et des seniors.


Contexte et historique : un régime sous tension

Le taux de chômage en France est stable autour de 7,4 % à 7,7 % en 2024-2025, avec une légère hausse prévue en 2026. Le chômage des seniors (50 ans et plus) a augmenté à 5,1 % au troisième trimestre 2025, malgré un taux d’emploi record de 69,3 % pour cette tranche d’âge. Cette situation traduit des difficultés persistantes d’insertion et de maintien dans l’emploi pour les travailleurs âgés.

L’Unédic, gestionnaire du régime d’assurance chômage, affiche un excédent record de 8,6 milliards d’euros en 2025, mais ce résultat est fragilisé par des décisions gouvernementales qui ponctionnent ses recettes, notamment pour financer France Travail. Les dépenses du régime augmentent en raison de la hausse du nombre de chômeurs indemnisés et des salaires plus élevés, tandis que les recettes sont amputées par des prélèvements étatiques et une baisse des cotisations patronales.

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Les réformes précédentes (2019, 2023) ont durci les conditions d’accès à l’assurance chômage, introduit la dégressivité des allocations pour les hauts revenus, et mis en place un dispositif de bonus-malus pour limiter le recours aux contrats courts. Ces mesures ont réduit le nombre de personnes indemnisées et ont été critiquées pour leur impact négatif sur les chômeurs, notamment les seniors et les travailleurs précaires.


Les positions des acteurs : divergences majeures

ActeursPositions clésArguments principaux
CFE-CGCOpposition à la dégressivité des allocations, proposition d’une complémentaire chômage financée par cotisations, régulation stricte des contrats courtsLa dégressivité pénalise les chômeurs en fin de droits, la complémentaire améliorerait la protection, nécessité de limiter la précarité des contrats courtsreferences
Autres syndicats (CGT, CFDT, FO)Opposition à la dégressivité, demande d’assouplissement des conditions d’accès, critique du bonus-malus sur contrats courtsLes mesures gouvernementales augmentent la précarité, le bonus-malus est inefficace, nécessité de protéger les chômeurs et les seniorsreferences
Patronat (MEDEF, CPME)Durcissement des conditions d’accès (8-12 mois de travail requis), réduction des indemnisations, suppression du bonus-malus, flexibilisation des contrats courtsNécessité de réduire les coûts, le bonus-malus est un frein à l’embauche, flexibilité accrue pour les entreprisesreferences
GouvernementObjectif de 400 millions d’euros d’économies, durcissement des conditions d’indemnisation, réforme des ruptures conventionnelles, incitation à l’emploi des seniorsRéduction des dépenses publiques, incitation au retour à l’emploi, soutien à l’emploi des seniors via des mesures cibléesreferences

Enjeux économiques et sociaux : analyse critique

Impact sur les finances de l’Unédic

Les réformes précédentes ont permis des économies substantielles (2,2 milliards d’euros par an dès 2023, 4,5 milliards en régime de croisière) en durcissant les conditions d’accès et en réduisant la durée d’indemnisationforce-ouvriere.fr. Cependant, ces économies sont en partie absorbées par les prélèvements de l’État sur les recettes de l’Unédic, qui fragilisent la capacité du régime à se désendetter et à faire face à une nouvelle crise économique.

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Les propositions patronales et gouvernementales visant à durcir davantage les conditions d’accès et à réduire les indemnisations pourraient générer des économies supplémentaires, mais au prix d’une augmentation de la précarité des chômeurs et d’une dégradation de la qualité de l’emploi.

Effets sur l’emploi et la précarité

La dégressivité des allocations, qui réduit les indemnités des chômeurs à hauts revenus, est critiquée pour son effet négatif sur le pouvoir d’achat des cadres et des seniors, sans forcément inciter à un retour rapide à l’emploi. Elle pourrait au contraire encourager la précarité et le turn-over, avec des coûts économiques et sociaux importants pour les entreprises et les salariés.

Le dispositif de bonus-malus sur les contrats courts, bien que visant à limiter la précarité, est jugé inefficace par le patronat et certains experts, qui estiment qu’il ne réduit pas significativement le recours aux contrats courts et complique la gestion des entreprises. Les syndicats demandent une régulation plus stricte pour limiter les abus.

Focus sur l’emploi des seniors

Le relèvement de l’âge d’accès aux durées d’indemnisation prolongées (de 53 à 55 ans) laisse une partie des seniors dans une situation plus précaire, surtout s’ils peinent à retrouver un emploi. Les mesures spécifiques pour les seniors, telles que l’allongement de la durée d’indemnisation en cas de formation et la création du « contrat de valorisation de l’expérience », sont controversées. Ces mesures pourraient favoriser une certaine flexibilité, mais ne répondent pas suffisamment aux difficultés structurelles d’emploi des seniors.

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Analyse critique et scénarios possibles

Points de blocage

La principale source de tension est le maintien de la dégressivité des allocations, imposée par le gouvernement et refusée par la CFE-CGC et d’autres syndicats. Le patronat souhaite durcir les conditions d’accès et réduire les indemnisations, tandis que les syndicats veulent protéger les droits des chômeurs et limiter la précarité.

Scénarios possibles

  • Accord minimal : Les partenaires sociaux pourraient trouver un compromis limité à quelques mesures techniques, sans réforme structurelle. Ce scénario risquerait de conduire à une nouvelle intervention de l’État pour imposer des mesures plus strictes.
  • Accord ambitieux : Suppression de la dégressivité, mise en place d’une complémentaire chômage financée par cotisations, régulation stricte des contrats courts. Ce scénario nécessiterait un financement supplémentaire et un consensus large, difficile à atteindre.
  • Échec des négociations : En cas d’échec, le gouvernement pourrait reprendre la main via un décret ou une loi, imposant ses orientations, ce qui pourrait provoquer une forte opposition syndicale et sociale.

Stratégies pour les délégués syndicaux

  • Suivi attentif des négociations : Les délégués doivent suivre les discussions pour anticiper les impacts sur les conventions collectives et les accords d’entreprise.
  • Mobilisation et communication : Organiser des réunions d’information avec les salariés, notamment les cadres et seniors, pour expliquer les enjeux et recueillir leurs attentes.
  • Négociation locale : Interpeller les directions sur les contrats courts, la gestion des seniors, et les mesures de maintien dans l’emploi.
  • Pression sur les partenaires sociaux : Soutenir les positions syndicales nationales en relayant les revendications locales et en participant aux mobilisations.

Conclusion et perspectives

La négociation sur la réforme de l’assurance chômage en 2026 est un enjeu majeur pour les délégués syndicaux, avec des implications économiques et sociales profondes. Le contexte de chômage stable mais élevé, la situation financière fragile de l’Unédic, et les divergences marquées entre syndicats, patronat et gouvernement rendent la négociation particulièrement complexe.

Les délégués syndicaux doivent s’appuyer sur une analyse rigoureuse des enjeux, des positions en présence et des conséquences économiques des mesures envisagées pour défendre efficacement les intérêts des salariés. La mobilisation locale et la communication transparente sont essentielles pour préparer les salariés aux changements et pour peser dans les débats.

Les échéances de négociation, avec une réunion conclusive prévue le 25 février 2026, imposent une vigilance accrue. En cas d’échec, le risque d’une intervention unilatérale du gouvernement pourrait entraîner des mesures plus dures, avec des impacts négatifs sur les droits des chômeurs et la stabilité de l’emploi.


Cette analyse s’appuie sur les données récentes de l’Insee, de l’Unédic, des syndicats (CFE-CGC, CGT, CFDT, FO), du patronat (MEDEF, CPME), et des sources gouvernementales, ainsi que sur les études d’impact des réformes précédentes.