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Droit du travail

Comment la révolution due à la directive « rémunérations » va s’appliquer à la fonction publique

La directive (UE) 2023/970 du 10 mai 2023 impose une transparence active des rémunérations pour garantir l’égalité réelle entre les femmes et les hommes. Elle met fin à l’opacité salariale en instaurant un droit à l’information pour les agents et des obligations de justification pour les employeurs publics.

  • Périmètre : Application intégrale aux trois versants de la fonction publique (FPE, FPT, FPH).
  • Échéance : Transposition finale prévue fin 2026 / début 2027 (échéance européenne au 7 juin 2026).

1. Mesures clés au recrutement

Le processus de recrutement est transformé pour briser le mécanisme de « poursuite » des inégalités salariales.

  • Transparence de l’offre : obligation d’indiquer la rémunération initiale ou une fourchette (incluant le traitement indiciaire et les primes prévisibles type RIFSEEP) dans l’avis de vacance ou avant le premier entretien.
  • Interdiction de l’historique : interdiction formelle d’interroger les candidats sur leur rémunération actuelle ou passée.
  • Critères neutres : les fiches de poste et critères de sélection doivent être exempts de tout biais sexiste .
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2. Nouveaux droits des agents en poste

La rémunération cesse d’être une donnée confidentielle pour devenir une donnée de justice sociale.

  • Droit à l’information : tout agent peut demander par écrit son niveau de rémunération individuel et les niveaux moyens, ventilés par sexe, pour les agents effectuant un travail de valeur égale.
  • Assiette élargie : la transparence porte sur le traitement de base, les indemnités (primes), les éléments variables et les avantages en nature (logement, véhicule).
  • Information annuelle : obligation pour l’administration d’informer chaque année les agents de ce droit et des modalités pour l’exercer.

4. Reporting et mesure des écarts (7 indicateurs)

L’actuel « Index de l’égalité » est remplacé par un dispositif déclaratif plus fin basé sur sept indicateurs.

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Type d’indicateurNature de la donnéeMode de calcul
Indicateurs 1 à 6Écarts moyens/médians, primes, quartilesAutomatisé via la DSN 
Indicateur 7Écarts par catégorie de valeur égaleCalcul manuel par l’employeur 
  • Seuil d’alerte : Si l’écart de rémunération dépasse 5 % sans justification objective, une évaluation conjointe avec les syndicats est obligatoire. Note : les syndicats demandent l’abaissement de ce seuil à 2 % dans la fonction publique.

5. Pivot : la notion de « travail de valeur égale »

L’évaluation de la valeur du travail repose désormais sur quatre critères objectifs et non sexistes inscrits dans le projet de loi :

  1. Compétences (théoriques, pratiques et non techniques).
  2. Efforts (charge mentale, intensité physique).
  3. Responsabilités (impact sur le service, gestion de moyens).
  4. Conditions de travail (pénibilité, environnement).

6. Régime de sanctions et risque contentieux

La directive introduit une contrainte juridique forte pour assurer l’effectivité du droit.

  • Renversement de la charge de la preuve : en cas de litige, c’est à l’administration de prouver qu’il n’y a pas eu de discrimination salariale.
  • Pénalités administratives : jusqu’à 1 % de la masse salariale brute (2 % en cas de récidive) pour défaut de reporting ou de mesures correctives.
  • Amendes forfaitaires : 450 € par manquement aux obligations d’information (ex: omission de fourchette dans une offre).
  • Réparation intégrale : droit pour l’agent au versement de tous les arriérés de salaires et primes, sans plafond d’indemnisation.
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7. Calendrier opérationnel pour 2026-2027

  • Mars – mai 2026 : finalisation de l’avant-projet de loi et concertations finales avec les partenaires sociaux.
  • 7 Juin 2026 : échéance européenne de transposition (opposabilité directe possible devant le juge en cas de retard).
  • Fin 2026 : adoption définitive attendue et publication des décrets d’application pour les trois versants.

2027 : premier exercice de reporting complet et mise en conformité des systèmes de paie.

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