Le 30 janvier dernier, une réunion entre le gouvernement et les organismes de protection sociale (Mutualité, FIPS, France Assureurs, UNOCAM) a jeté un froid : le projet de gel des tarifs pour 2026 est jugé « anticonstitutionnel et inapplicable » par le secteur. Pour beaucoup de délégués syndicaux, la réaction est immédiate : « Encore les assureurs qui protègent leurs marges sur le dos des travailleurs ! »
Pourtant, en y regardant de plus près, la réalité est plus complexe. Si l’on veut défendre le pouvoir d’achat des salariés, il faut désigner le bon coupable.
1. Le prix n’est que le thermomètre, pas la maladie
Pourquoi les cotisations augmentent-elles ? Les organismes rappellent une évidence : l’évolution des tarifs est mécaniquement liée à l’augmentation des dépenses de santé, au vieillissement de la population et à l’explosion des maladies chroniques.
Vouloir « geler » les prix sans réduire les dépenses, c’est comme essayer de faire baisser la température d’une pièce en bloquant l’aiguille du thermomètre. Le coût réel de la santé, lui, continue de grimper. En imposant un gel, l’État s’attaque aux symptômes, mais refuse de soigner la cause.
2. Quand l’État vide les poches pour faire semblant de les remplir
Le communiqué souligne un paradoxe majeur : le gouvernement demande un gel des tarifs, mais dans le même temps :
- Il augmente les taxes sur les contrats de santé d’un milliard d’euros.
- Il transfère de nouvelles dépenses de la Sécurité sociale vers les complémentaires.
D’un point de vue libertarien, c’est une manœuvre de diversion. L’État taxe lourdement les mutuelles (ce qui finit toujours par être payé par l’assuré), puis se présente en sauveur en interdisant aux organismes d’ajuster leurs prix. C’est une spoliation indirecte du salarié : vous payez plus d’impôts cachés dans votre contrat, mais vous recevez moins de services car l’organisme est étranglé.
3. Le risque de faillite : qui paiera l’addition ?
Les complémentaires ne sont pas des puits sans fond. Elles sont soumises à des règles de solvabilité strictes qui leur interdisent d’être déficitaires. Forcer un gel tarifaire alors que les charges augmentent, c’est pousser de nombreuses mutuelles vers le déficit.
Pour un délégué syndical, c’est une alerte rouge :
- Fragilisation des garanties : Une mutuelle en déficit finit par moins bien rembourser.
- Moins de concurrence : Les petits organismes (souvent les plus proches des salariés) risquent de disparaître au profit des géants, réduisant le choix pour les entreprises et les travailleurs.
4. La liberté contractuelle : une protection pour les salariés
Le document invoque la « liberté d’entreprendre » et la « liberté contractuelle ». Loin d’être des concepts abstraits pour patrons, ces libertés garantissent que les partenaires sociaux peuvent encore négocier des garanties adaptées à leurs branches professionnelles.
En centralisant le contrôle des prix, l’État retire du pouvoir aux négociateurs de terrain. Il transforme la protection sociale en un outil administratif uniforme, déconnecté des réalités des salariés.
L’avis d’Asfelia
Le véritable combat pour le pouvoir d’achat ne se situe pas dans le blocage autoritaire des prix par Bercy. Il se situe dans la lutte contre la dérive fiscale des contrats de santé et contre le désengagement de l’État qui se défausse de ses responsabilités sur les structures privées et paritaires.
Le gel des tarifs est une illusion d’optique. À la fin, si le système devient structurellement déficitaire, c’est toujours le salarié qui paie : soit par ses impôts, soit par une baisse de la qualité de ses soins.
