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Entreprise

Le travail perd en intensité pourtant 41 % des salariés ne se voient pas faire la même chose jusqu’à la retraite

La Dares (le service statistique du ministère du travail) vient de diffuser les résultats de sa grande enquête sur les conditions de travail en France. Pour la première fois depuis les années 1980, l’intensité du travail recule selon les données récoltées pour l’année 2024. 38% des salariés subissent toutefois encore au moins 3 contraintes de rythme, contre 43% en 2016. Mais dans le même temps, 41% des salariés déclarent ne pas se sentir capables de faire le même travail jusqu’à la retraite, soit 3 points de plus qu’en 2016. Nous allons voir que ces renversements de valeurs ne s’appliquent pas du tout à tout le monde.

L’enquête statistique de la Dares mesure le travail tel que les salariés le vivent et le déclarent. Ce type d’étude sur les conditions de travail sert justement de matière première aux négociations en entreprise sur la pénibilité, la santé au travail et le maintien en emploi des seniors. Autrement dit : ce sont ces chiffres-là qu’on citera en réunion de CSE. Et ils racontent une histoire à deux vitesses, dont le premier résultat (« ça va mieux ») masque le second.

Le rythme semble se desserrer pour la 1ère fois depuis 40 ans…

La Dares mesure l’intensité du travail à partir de 8 contraintes de rythme (cadence d’une machine, normes de production à l’heure ou à la journée, dépendance immédiate à un collègue, contrôle permanent de la hiérarchie, demande extérieure exigeant une réponse immédiate…). La part de salariés qui en subissent au moins 3 passe de 43% à 38% comme vu en introduction.

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Mais d’autres critères mesurables reculent également comme le fait de devoir se dépêcher (41% des salariés le déclarent en 2024, c’est 4 points de moins qu’en 2016), de travailler sous pression (28%, soit 3 points de moins), d’entretenir des relations dégradées avec la hiérarchie (21%, soit 5 points de moins), ou de craindre de perdre son emploi dans l’année (18%, soit 7 points de moins).

En parallèle 82% des salariés éprouvent la fierté du travail bien fait, c’est 10 points de mieux qu’en 2016.

Toutefois on note 2 facteurs qui ne sont pas à la baisse. Du côté des contraintes physiques, le taux de salariés qui en déclarent ne bouge pas (39%, c’était 40 % en 2016). Quant au rythme imposé par une demande extérieure avec besoin d’une réponse immédiate, le taux de salariés exposés atteint 50% (c’était 28% en 1984).

…sauf pour ceux qui en avaient le plus besoin

Au-delà de l’intensité du travail qui diminue de façon globale, la Dares n’oublie pas de dire que cette baisse ne concerne pas les employés peu qualifiés. Ainsi les emplois tels que ceux de caissière, d’agent d’entretien, d’aide à domicile, ou encore d’employé de la restauration ne connaissent aucun retrait d’intensité, c’est même parfois l’inverse.

  • 32% des employés peu qualifiés sont donc toujours face à au moins 3 contraintes de rythme en 2024, exactement comme en 2016. A titre de comparaison l’exposition des ouvriers peu qualifiés recule de 10 points et celle des professions intermédiaires de 8 points sur la même période.
  • Les autres critères se dégradent : 61% (contre 54%) des employés peu qualifiés disent subir des contraintes physiques et ils sont également plus nombreux à devoir se dépêcher (+3 points) et à juger leur quantité de travail excessive (+4 points), quand ces indicateurs baissent partout ailleurs. Ils sont aussi la seule catégorie dont l’autonomie régresse (+4 points de manque d’autonomie dans l’organisation, +5 points de manque de marge de manœuvre).
  • Les comportements hostiles progressent : être ignoré, ridiculisé en public, subir des blagues blessantes ou des propos obscènes. C’est le lot de 31% de l’ensemble des salariés interrogés qui en subissent au moins une forme (contre 29 % en 2016). Mais c’est du côté des employés peu qualifiés que la statistique grimpe le plus fort avec +8 points.
  • Une différence notable entre public et privé : le desserrement de la pression temporelle est tiré par le privé. La part de salariés devant se dépêcher y recule de 7 points, alors qu’elle augmente de 3 points dans la fonction publique.
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Les salariés sont de moins en moins installés dans leur travail

L’une des questions posée par l’étude est la suivante : « vous sentez-vous capable de faire le même travail qu’actuellement jusqu’à votre retraite ? ». Et la réponse est négative à 41%, contre 38% en 2016.

  • On remarque que ce ne sont pas les mêmes qui répondent non. 49% chez les employés peu qualifiés (+6 points).
  • Ce n’est pas qu’une affaire de seniors, mais la dégradation les vise. 55% des 15-29 ans se disent incapables de tenir sur ce poste jusqu’au bout (ils étaient déjà 54 % en 2016). La hausse, elle, se concentre sur les plus âgés : 29% des 50-59 ans (+4 points) et 10% des 60 ans et plus (+6) ne se voient pas rester en poste jusqu’à leur retraite.
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