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Entreprise

Anatomie du forfait jours en entreprise en 3 temps

Le forfait jours est un mode de travail qui continue de progresser d’année en année selon une récente étude de la Dares (le service statistique du ministère du travail). Le document dresse le portrait des salariés qui ont adopté ce mode de travail en 2024.

Le forfait jours s’impose comme une nouvelle norme dans de plus en plus d’entreprises françaises. Créé il y a plus de 20 ans pour offrir de la souplesse, ce dispositif se diffuse peu à peu. Il en sort une catégorie de salariés hybrides : très bien payés, hyper-autonomes, mais soumis à des rythmes de travail qui flirtent parfois avec ceux des indépendants.

Cet état des lieux est très intéressant à connaître à la lumière des récents arrêts de la Cour de cassation sur le suivi du temps de travail du salarié et sur le respect de la convention collective nationale (CCN).

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Les chiffres à retenir

  • 2,4 millions de salariés sont au forfait jours en 2024, soit 15,1 % des salariés à temps complet du secteur privé (un chiffre multiplié par trois depuis 2002).
  • 84,2 % d’entre eux sont des cadres.
  • – 208 heures : c’est le temps de travail supplémentaire effectué chaque année par un salarié au forfait jours par rapport à un salarié classique (1 821 heures contre 1 613 heures).

Sous couvert d’autonomie et de flexibilité, le dispositif masque une intensification structurelle de la charge de travail. Le forfait en jours ne réduit pas le temps de travail, il en change simplement la nature et allonge les journées (52 minutes de plus par jour en moyenne).

Le profil type du salarié au forfait jours

  • L’élite salariale : l’autonomie s’achète. 82,3 % des salariés sous ce régime appartiennent aux 25 % les mieux rémunérés du pays.
  • Un effet « Boys’ Club » après 45 ans : si les jeunes femmes et hommes y accèdent à parité, l’écart se creuse drastiquement en seconde partie de carrière. À partir de 45 ans, la part des hommes au forfait se maintient à des sommets, tandis que celle des femmes s’effrite inexorablement.
  • Géographie des grands groupes : plus d’un salarié sur deux (50,5 %) sous ce régime travaille dans une entreprise de plus de 500 collaborateurs, avec une surreprésentation dans la Tech, l’information-communication (30,7 %) et la banque-assurance (32,2 %).
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Les points d’attention de ce rythme de travail

  • La fausse liberté : la loi exige une autonomie totale, mais dans les faits, 21,1 % des salariés au forfait déclarent devoir se conformer unilatéralement aux horaires définis par leur employeur. Un risque juridique de taille pour les entreprises.
  • – La déconnexion en péril : plus d’un tiers (34,7 %) travaillent le soir entre 20h et minuit (contre 23 % pour les salariés pointant aux heures).
  • La fusion avec le télétravail : c’est devenu le standard. 56,1 % de ces salariés télétravaillent au moins un jour par semaine (contre seulement 16,3 % pour les salariés classiques). Pour plus de 20 % d’entre eux, c’est même deux jours par semaine.
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En bref, l’étude de la Dares permet de constater que le forfait jours révèle un pacte tacite en entreprise. Ce pacte allie une totale flexibilité spatiale et un salaire attractif, en échange d’une disponibilité temporelle très large et d’une porosité assumée entre vie privée et vie professionnelle.

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