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Droit du travail

Égalité salariale hommes-femmes : une affaire de directive?

Le constat : En France, l’écart de revenu salarial entre les femmes et les hommes stagne à 22,2 % (chiffres 2023), et tombe à 14,2 % à temps de travail identique. Face à cette inertie, la directive européenne 2023/970 sur la transparence salariale promet un véritable « big bang » social d’ici juin 2026.

Pourquoi ça compte

La transparence n’est plus une option managériale, mais devient un droit opposable. La directive vise à démanteler l’opacité salariale, considérée comme le principal terreau des discriminations.

Les trois piliers du changement :

  • Dès le recrutement : Obligation d’afficher une fourchette de salaire dans les offres et interdiction de demander l’historique salarial des candidats.
  • En poste : Droit pour chaque salarié d’obtenir la moyenne des rémunérations de ses collègues (par sexe) occupant un poste de valeur égale.
  • Justice : Renversement de la charge de la preuve. C’est désormais à l’employeur de prouver l’absence de discrimination en cas de litige.
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Le bras de fer syndical

Le syndicat Force Ouvrière (FO), qui se définit comme le « syndicat de la fiche de paie », accentue la pression sur le gouvernement.

  • L’urgence : FO réclame une transposition « sans délai », craignant que le calendrier actuel ne repousse les obligations réelles au-delà de 2027.
  • L’Index en procès : FO juge l’actuel Index de l’égalité professionnelle inefficace car trop global. Le syndicat milite pour un nouvel indicateur mesurant les écarts par catégorie de métiers dès 50 salariés.

Le facteur psy : le coût social de la négociation

Si la loi change, les mentalités résistent. Les recherches montrent que les femmes ne sont pas « passives », mais qu’elles font face à des barrières psychologiques et sociales spécifiques.

  • Le « Social Backlash » : Une femme qui négocie fermement est souvent perçue comme « trop exigeante » ou « agressive », là où un homme sera vu comme « affirmé ». Ce risque de sanction relationnelle freine les demandes d’augmentation.
  • Le syndrome de l’imposteur : Acquis dès l’enfance, ce sentiment d’illégitimité pousse les femmes à la « surperformance compensatoire » plutôt qu’à la revendication salariale.
  • Le démenti : Des études récentes (2024) indiquent que les femmes demandent désormais autant d’augmentations que les hommes, mais qu’elles essuient plus de refus.
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Entre les lignes

La directive ne réglera pas tout. Elle s’attaque à la discrimination « pure » (à poste égal), mais laisse de côté des facteurs structurels majeurs.

  1. Le temps partiel : Les femmes occupent 82 % des emplois à temps partiel, souvent subi, un facteur que la directive ne traite pas directement.
  2. La ségrégation : Les métiers féminisés (santé, éducation) restent sous-valorisés par rapport aux métiers techniques ou financiers.
  3. La pesée des métiers : Définir ce qu’est un « travail de valeur égale » entre un poste de RH et un poste de technicien reste un défi complexe pour les branches professionnelles.
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Et maintenant?

La France doit adopter sa loi de transposition d’ici le 7 juin 2026. Pour les entreprises, le chantier est colossal : audit des salaires, révision des grilles et formation des managers à la culture de la transparence.

Le mot de la fin : La transparence est un outil de désamorçage. En affichant les salaires dès l’embauche, elle retire aux femmes le poids de devoir « oser » négocier, transformant une épreuve psychologique en une simple formalité administrative.

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