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Dialogue social

CGT : ce que le 54ᵉ congrès change pour le dialogue social

Bilan Asfelia — 54ᵉ congrès confédéral de la CGT, Tours, 1ᵉʳ-5 juin 2026

Réunie à Tours du 1ᵉʳ au 5 juin 2026, la CGT a tenu son 54ᵉ congrès confédéral. Sophie Binet y a été réélue secrétaire générale, le rapport d’activité de la direction sortante a été approuvé par plus de huit délégués sur dix, et la confédération annonce avoir repassé la barre des 600 000 adhérents pour la première fois depuis douze ans. Le document d’orientation, adopté à 74,74 %, fixe un cap explicite : un « syndicalisme combatif » et une priorité donnée à l’implantation dans les secteurs aujourd’hui peu couverts. Pour les directions comme pour les élus, ce congrès dessine le rapport de force des trois prochaines années.

LE CONGRÈS

Le congrès confédéral, instance souveraine qui se réunit tous les trois ans, avait cette fois valeur de test pour Sophie Binet. Arrivée au secrétariat général en mars 2023 dans des conditions particulières — au terme d’une crise de succession qui avait divisé l’appareil —, elle se présentait pour la première fois devant les délégués avec un bilan complet de mandat. Elle a été reconduite, et le rapport d’activité de la direction sortante a recueilli 82 % des voix : un score élevé, qui vaut validation de la ligne suivie depuis trois ans.

Le fait marquant du congrès est chiffré. La CGT affirme avoir franchi de nouveau le seuil des 600 000 adhérents, niveau qu’elle n’avait plus atteint depuis douze ans. L’organisation, qui a connu une érosion continue de ses effectifs sur deux décennies, présente donc ce congrès comme celui d’une inversion de tendance. La donnée est à manier avec prudence — les chiffres d’adhérents communiqués par les confédérations ne font pas l’objet d’une certification externe —, mais elle structure le récit que la CGT fait d’elle-même : celui d’une reconquête militante après une longue phase de repli.

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Il faut rappeler le cadre. L’adhésion n’est pas l’audience. La représentativité syndicale, qui détermine la capacité à négocier et à signer des accords, se mesure tous les quatre ans aux élections professionnelles, et non au nombre de cartes. La CGT demeure, sur ce terrain, la deuxième confédération du pays derrière la CFDT. Le congrès de Tours ne modifie pas ce classement ; il prépare le cycle qui le rejouera.

LES ORIENTATIONS

Le document d’orientation, adopté le 4 juin à 74,74 % des voix, est le texte qui engage la confédération pour la mandature. Son score mérite d’être lu pour ce qu’il est : une adoption nette, mais loin de l’unanimité — environ un quart des délégués ne l’ont pas voté, signe d’un débat interne persistant sur la stratégie. Plutôt qu’un catalogue de revendications, le texte se présente comme un « plan de bataille » : renforcer un syndicalisme dit combatif, obtenir des avancées concrètes, et surtout s’implanter là où la CGT est absente — très petites entreprises, secteurs tertiaires faiblement syndiqués, nouvelles formes d’emploi. L’implantation, plus que la doctrine, est l’axe affiché de la mandature.

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Le volet international a tenu une place inhabituelle dans le discours de clôture. Sophie Binet a mis en avant le travail mené au sein de la Confédération syndicale internationale (CSI), revendiquant plusieurs inflexions : une opposition au blocus de Cuba, un soutien affirmé à la cause palestinienne, et l’organisation annoncée d’une grande conférence syndicale internationale pour la paix au printemps. Cette dimension géopolitique, assumée, confirme le positionnement de la CGT à la gauche du paysage syndical et la distingue nettement des confédérations réformistes.

CE QUE ÇA CHANGE EN PRATIQUE

Pour les directions et les services RH, le signal principal est celui de l’implantation. Une CGT qui fait de la conquête de nouveaux terrains sa priorité, c’est, concrètement, une probabilité accrue de voir émerger des sections syndicales, des représentants de section (RSS) et des listes aux élections du CSE dans des entreprises ou des établissements jusqu’ici sans présence CGT. Les secteurs tertiaires éclatés, la logistique, les plateformes et les TPE-PME sont les cibles désignées. Anticiper suppose de soigner la régularité du dialogue social avant qu’un contentieux d’implantation ne s’installe.

Pour les élus et les militants, le congrès conforte une ligne offensive et une légitimité renouvelée de la direction. La validation à 82 % du bilan et la reconduction de Sophie Binet referment la séquence d’instabilité ouverte en 2023 ; la confédération aborde le prochain cycle électoral avec un commandement clarifié.

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Pour les observateurs du dialogue social, trois points sont à surveiller. D’abord, la traduction concrète du plan d’implantation : les annonces de congrès se mesureront aux résultats des prochaines élections professionnelles, seul juge de paix de la représentativité. Ensuite, l’écart entre la ligne combative affichée et la pratique de négociation au quotidien, dans les branches où la CGT signe ou refuse de signer. Enfin, la portée réelle de l’agenda international — et notamment la conférence pour la paix annoncée au printemps —, qui dira si ce thème reste un marqueur de discours ou devient un axe d’action.

CONCLUSION

Le 54ᵉ congrès de Tours referme une parenthèse et en ouvre une autre : il stabilise la direction, affiche un cap d’implantation et revendique un redressement militant chiffré. Reste l’épreuve des faits, qui n’appartient pas au congrès : la prochaine mesure d’audience dira si la reconquête annoncée se vérifie dans les urnes professionnelles, ou si elle demeure un récit interne. À surveiller en miroir, le 39ᵉ congrès de la CFE-CGC, tenu quelques jours plus tard à Strasbourg, qui dessine de son côté un tout autre projet syndical.

Ce bilan a une vocation informative ; il ne constitue ni une prise de position ni un conseil.

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